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> Histoire du pays de Montmédy
Faits et légendes des comtes de Chiny


La première dynastie

Dès 980, il se dit que Arnoul de Bourgogne-Granson, descendant de Charlemagne, serait le premier comte de Chiny. Par son mariage avec Mathilde, fille de Ricuin, duc de Mosellane et comte d'Ardenne, il acquiert, dot de son épouse, une terre de forêts giboyeuses, traversée par un cours d'eau capricieux : la Semois. L'archevêque de Cologne aurait permis à Arnoul d'ériger cette possession en comté.

Cependant, c'est son fils Othon de Warcq, qui abandonnant sa forteresse meusienne, vient s’implanter à Chiny dans un château sur l'éperon dominant la rivière. Château dont malheureusement, il ne reste plus grand choses actuellement. Le domaine qui sera régenté par les comtes va devenir très vaste puisqu’il va comprendre pas moins de 246 chefs-lieux, 57 châteaux, 1412 villages.

Le troisième comte de Chiny, Louis Ier connaîtra un sort funeste : alors qu'il vient d'être nommé en 1023, médiateur entre le Roi de France et l'Empereur d'Allemagne, il est tué par Gazelon d'Ardenne sur le mont Saint-Vanne. Son fils Louis II aura à coeur de le venger. Tout en aimant les fêtes. Il offre des parties de chasse réputées dans son "immense parc à gibier : le Hap".

Nous sommes en 1040. C'est à cette époque que la légende raconte qu'un jeune seigneur, Thibault, descendant des comtes de Champagne quitte en secret sa maison paternelle à Provins. Son but : offrir ses services dans les régions les plus lointaines et accepter les tâches les plus ingrates. Longtemps, il séjournera à Pétange mais également dans la forêt ardennaise, non loin de Chiny. Thibault y aide les bûcherons, il sert les charbonniers. Il y établit même un ermitage.

Un jour,  alors qu'il avait très soif, il gratte le sol, sous la mousse ...une source jaillit...Louis II fit bâtir en ce lieu prodigieux une chapelle. Il s'y produira de nombreuses guérisons. Le sanctuaire devint très vite célèbre et chaque jour de nombreux pélerins viendront implorer les grâces de Saint-Thibault.

C'est un Val d'Or

Le fils de Louis II sera à l'image de son père Arnoul II, cinquième comte de Chiny; il fera souffler le bien et le mal. Pieux, il fonde Orval,....brigand, il emprisonne l'évêque de Liège et ravage Stenay...puis pour se faire pardonner fonde le prieuré Saint-Walburge de Chiny en 1097 et décide même de prendre l'habit de moine de Saint-Hubertin.

C'est donc cet homme plein de paradoxes, qui en 1070, autorise quelques moines de Calabre à jeter les fondements d'un monastère  célèbre au milieu de la forêt. La légende raconte alors que Mathilde, la tante du comte Arnoul est une jeune veuve éplorée, va être à la base d'un miracle. Son époux Godefroid le Bossu vient d'être assassiné. Elle vient en outre de perdre un enfant mortellement blessé en glissant dans les eaux glacées de la Semois.

Pour se remettre de ses deuils, Mathilde séjourne à Chiny en 1080. Pour la distraire, le comte Arnould l'emmène visiter un nouveau monastère en cours de construction. Lasse, fatiguée, Mathilde se repose quelques instants auprès d'une source. L'eau jaillit fraiche et limpide. La princesse veut en profiter pour se rafraichir...mais, se faisant, laisse tomber son anneau de mariage. Les recherches s'avèrent vaines, le soir tombe...

Mathilde implore la Vierge et c'est alors qu'une truite sortit de l'eau tenant l'anneau dans sa bouche...Et la comtesse de s'écrier : "Vraiment, ici c'est un Val d'Or". En signe de reconnaissance, elle dote richement les moines et permettra à ceux-ci la construction des premiers édifices religieux à Orval.

Pieux, croisés mais aussi brigands Arnoul lui, continue à guerroyer. Il affronte régulièrement le neveu de Mathilde...un certain Godefroid de Bouillon....mais les deux hommes finiront par devenir très amis. A un tel point qu'Arnould confie à Godefroid la charge ses deux fils Othon et Louis durant la première croisade en 1096. En rentrant de croisade, Othon devient à son tour comte de Chiny.

Il trouve Orval qui tombe en ruines. Les moines calabrais sont rentrés dans leur pays en 1108. Deux ans plus tard, l'archevêque de Trèves envoie, à la demande du comte Othon, des chanoines réguliers sur le site. Mais la rudesse du climat et la pauvreté du sol éprouvent durement les chanoines.

Albert remplacera Othon à la tête du comté. Il sollicite l'un de ses oncles, évêque de son état, pour qu'il intercède auprès de Bernard de Clairvaux. Ce dernier accepte d'implanter à Orval quelques cisterciens qu'il avait formés. C'est ainsi que Dom Constantin et sept autres religieux firent route de l'abbaye de Troisfontaines (Marne) vers Orval. La petite colonne arrivera dans le comté le 09 mai 1131 où Ils seront reçus solennellement par le comte Albert, la comtesse et toute la noblesse de la cour.

L'abbaye peut désormais entrevoir l'avenir sous les meilleurs auspices. Fier d'avoir contribué à la relance d'Orval, le comte Albert II participe avec Thierry d'Alsace à la troisième croisade. Il est accompagné de son fils. Ils se rendent en Palestine et reconquièrent Césarée en1157.

Le huitième comte de Chiny, Louis III agira dans la lignée de ses aïeux : la fondation de prieurés semble faire partie de ses passes-temps favoris. En novembre 1187, il héberge à Virton, Frédéric Barberousse, Empereur germanique. Ce dernier, accompagné de sa suite, vient rencontrer à Ivoix (Carignan) Phillippe-Auguste, Roi des Français. A l'instar de ses ancêtres, Louis se fera croisé mais il n'arrivera jamais en Palestine puisqu'il décédera à Belgrade en 1189.

Louis IV sera le dernier comte de la première dynastie. N'ayant pas de fils, il prépare Jeanne, sa fille ainée, à sa succession mais, pour ce faire, il doit partager son patrimoine. Louis IV marquera son règne par le premier affranchissement dans le comté : il affranchira Avioth à la loi de Beaumont.

Période de troubles.

En épousant Jeanne, Arnoul de Looz devient le premier comte de la seconde dynastie. Il fait bâtir la forteresse de Montmédy et en fait sa capitale. Son fils Louis V organisera à Chauvency en 1285 le tournoi de chevalerie considéré comme l’un des plus fameux du moyen-âge. Tout le gotha des chevaliers d'Europe se retrouve à ce tournoi mémorable, chanté par le barde Jacques Bretel.

Louis V aime la notoriété, il frappe monnaie à son effigie à Ivoix. Il décéde en 1299. Son coeur est selon ses dernières volontés: embaumé et enseveli dans un coffret de plomb devant l'autel Saint-Thibault à Suxy.

Par la suite, les comtes auront de plus en plus de problèmes pour maintenir l'intégrité de leur territoire....de plus en plus morcelé. Ils sont même contraints à devenir les vassaux du comte de Bar. Tandis que Jean l'Aveugle, roi de Bohème et duc de Luxembourg revendique les mêmes contrées.

Guerres et batailles se succèdent.

Le comté de Chiny entre en déliquescence. Sept comtes vont se succéder sur moins de trente ans. Le 13 juin 1364, le comté est vendu à Wenceslas, duc de Luxembourg. A l'origine de cette vente, légende ou fait historique, le destin peu commun et cruel du dernier comte.

Le père d'Arnould de Rumigny, dernier comte de Chiny décède d'une pneumonie quelques mois avant la naissance de son fils. Comble de malheur, sa jeune veuve meurt en couches. Voilà donc Arnould, seul au monde, pris en charge par un oncle maternel aux intentions douteuses : l'oncle veut assurer l'héritage pour sa propre descendance.

La solution ? Arnould sera empêché de procréer. Un médecin et une sage-femme commettront l'intervention mutilante mais, prise de remords, la sage-femme en fera part au comte devenu adolescent. Le médecin sera pendu et le comte léguera ses biens et vendra son comté pour éviter qu'il ne profite à son odieuse famille...

(Avec l’aimable autorisation de la Commune belge de Chiny)







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