Un plan quinquennal du développement touristique sans objectifs chiffrés
Avec les années, nous avons pu avoir connaissance à au moins une quinzaine de plans de développement régionaux et même étatique du tourisme. Entendez par là que nous avons pris connaissance de l’entièreté des éléments les constituants.
La semaine passée, le département français de la Meuse a émis le sien. Plutôt a communiqué au public le « Schéma départemental de l’économie touristique de la Meuse » Document établi en deux grandes parties : un résumé d’une dizaine de pages et le schéma directeur lui-même de 59 pages en lignes serrées.
Notre analyse ou une vision extérieure
Ce que nous allons faire c’est signaler quelques points qui nous ont étonnés. Passons sur le fait que tout le préambule des deux documents est un tissu de lieux communs, comme de déclarer « Inscrire le tourisme dans une économie de conquête », ou « Ouvrir une approche transversale qui mobilise des ressources et des expertises » ou encore « Rassembler les acteurs autour d’une organisation et de solutions partagées » comme l’a déclaré Christian Namy, président.
Par contre, nous avons été étonnés en parcourant les deux dossiers qu’aucun élément chiffré ne sont repris. Ainsi, alors qu’il est de coutume de le faire, il n’y a pas d’annexes statistiques donnant le nombre d’hébergements, le nombre de sites touristiques de visite et les fréquentations de ceux-ci, les nombres et origines géographiques des excursionnistes, visiteurs d’une nuitée (WE, transit, …), ceux qui effectuent des séjours de 3 nuitées et plus, …
Autre fait qui nous a frappés, l’étude est politiquement parlante très douce car si d’un côté elle signale que les offices de tourisme doivent s’élever qualitativement elle ne fixe pas les seuils réels qui doivent être atteints. Simplement il est dit que les OT locaux doivent être au minimum de 2 étoiles et tendre vers les trois étoiles.
A notre humble avis, il aurait par exemple été intéressant de signaler que les OT avec une forte fréquentation de touristes néerlandophones ou germanophones avaient l’obligation, pour 2014, de fournir des services dans ces langues aux personnes de passage.
Par contre, il est amusant de souligner que dans les très nombreux objectifs de ce schéma directeur il est dit que : « Envisager en 2010 le déménagement à Bar‐le‐Duc du CDT : gain de surface pour lui permettre l’accueil des personnels supplémentaires, pour que le Président y ait un bureau (symboliquement important), (sic) pour gérer la plate‐forme de vente ou encore pour l’organisation dans de bonnes conditions des réunions ; le CDT détermine ses besoins. »
Pas d’objectifs chiffrés
Si l’on prend comme référence le Plan Azur 2010 du Maroc, dès le départ un objectif chiffré a été établi : 10 millions de touristes en 2010. Et c’est sur cette base que le gouvernement marocain et les professionnels aussi bien réceptifs qu’émetteurs ont travaillés. Ils ont étudié la faisabilité de cet objectif, puis ce qui était des freins et ensuite fixé un planning très précis des différents chantiers à mettre en place. Ceux-ci allaient du changement du code des investissements, à la réglementation aérienne, la construction de 5 véritables villes touristiques, etc …
Pour nous, cette absence d’objectifs chiffrés affaiblit considérablement le travail remarquable effectué par le bureau de consultance Traces.
Mais des grandes orientations
Les grands axes de développements ont été fixés : les thèmes histoire, nature et ruralité seront à l’honneur. En lisant bien les textes, il apparaît clairement que la part la plus importante sera réservée aux champs de batailles de 14/18 situés aux alentours de Verdun.
Les autres sites ne disposant que de moyens moindres. A notre avis, cette approche est parfaitement cohérente. Si on prend l’exemple de la province du Brabant Wallon en Belgique, son offre touristique faîtière est constituée par Waterloo qui attire chaque année des dizaines de milliers de touristes.
Comme le disait Audiard par la bouche de Jean Gabin dans le film Le Président « Les cimetières militaires seront érigés en attractions touristiques ». Ce sera donc avec logique que d'importants moyens seront mis en oeuvres pour valoriser les lieux de mémoire.
La seule chose à espérer c'est que cela ne se fasse pas trop au détriments des autres sites touristiques comme Montmédy, Avioth et Marville ou encore le tourisme fluvial.
Les émetteurs à peine évoqués
Dans ce schéma directeur, il apparaît également que le département a décidé de ne pas jouer la carte des professionnels émetteurs ‘TO, agences de voyages, autocaristes). C’est en effet à peine s’il est évoqué l’organisation d’éductours.
Par contre, la Meuse va tenter de jouer cavalier seul en mettant en place une plate-forme Internet de réservation qui aura pour mission « d’accélérer les ventes ».
Par contre il faut souligner la volonté d'améliorer la formation des acteurs de terrain en espérant que ceux-ci puissent également participer aux décisions départementales. Politique et professionnalisme sont des mots qui ne vont pas ensembles.
La volonté d'améliorer le parc d'hébergements est également à souligner.
Michel Ghesquière