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> La ligne Maginot
Un budget quasi illimité...pour des constructions de taille


La Construction :
 
Pour expliquer cela, il y a deux méthodes: soit partir de 1935-40, et remonter vers 1900, soit au contraire  partir de 1900, pour atteindre 1930-35, en passant par Vaux, et Verdun, et ce que cela a pu laisser de traces, non dans le conscient des gens, mais dans l’inconscient, dans les cauchemars, leurs nuits agitées, aux souvenirs horribles dont ILS n’arrivaient pas à se séparer.
 
Un témoignage direct
 
J’ai été un témoin auditif très particulier, à la forge de mon village, Tournissan , dans l’Aude, bled de viticulteurs, de l’esprit et de l’état d’esprit des « revenants » de la Grande Guerre. L’hiver quand le mauvais temps interdisait la taille de la vigne, dehors, les « vieux » (j’avais 4-5 ans et eux 45-50 ans), se réunissaient au chaud de la forge, à 10-12 ou 15,et parlaient ,parlaient 
 
Ils parlaient de leur guerre, de la guerre, se répondaient, mais en fait, ils se confessaient, s’extériorisaient, rabâchaient, exultaient, ou du moins, essayaient de sortir de leurs têtes le spectacle et la fureur dont ils avaient été les témoins et les acteurs, et les survivants malgré eux.
 
Ils étaient restés à Verdun, ou je ne sais où, et ils en parlaient ; en fait, la forge, c’était la cellule psycho des catastrophes ou drames de maintenant ; ça n’était que, tout au long des après-midi : « aux créneaux, aux créneaux ;…les masques, les masques, … À l’embut, à l’embut ! » (l’embut, en occitan, c’est l’entonnoir pour remplir les bouteilles ou les barriques ;c’est aussi le cratère résultant de l’explosion d’un obus, abri illusoire dans lequel on peut se planquer quelques instants et protéger sa pauvre vie).
 
L'armement de plus en plus puissant et ...mobile
 
C’est que, vers 1900, époque de la science toute puissante qui annonçait des jours fastes, l’industrie éclatait :chimie (et chimie allemande), sidérurgie, voir Krupp, Essen, mais aussi la tour Eiffel de 1889, le viaduc de Garabit, …etc et Leverkussen-Bayer….
 
Donc, l’armée impériale se dote de ce que lui donne la chimie : poudres, explosifs, gaz, chlore, ainsi que la sidérurgie : aciers très résistants, donc canons gros ; par exemple Krupp sort en 1907, un canon de 420mm ! «  foutaise » diront les Français car « il est lié aux voies ferrées ».
 
Des « clous » répondent les Allemands, malins: ce canon de 420mm, on le casse en 5 fardeaux , car il pèse 150 tonnes. Il lâche des obus d’ une tonne avec 120 kg d’explosifs, pénétrant de 10 mètres dans le sol, d’un mètre dans le béton, après un trajet de 10 km en l’air.
 
Cinq fardeaux, trainés à 8 km/h par cinq tracteurs Mercédès: le tube, l’affût, les roues, le bouclier, la culasse et la potence de chargement avec l’auget ; derrière, en chariots tirés par des chevaux: un obus complet, puis un autre, puis un autre, et les artilleurs, qui suivent à pied.
 
En trois coups de canon, le fort Belge de Lonçin est MORT (avec 160 soldats belges ensevelis) ; en neuf coups de canon, Pontisse, (ou un autre !) est aplati ; Anvers est aussi aplati ; et Maubeuge, et les autres. 
 
Ça va à la vitesse d’un homme en promenade ! Quant aux troupes de campagne, c’est le même procédé: chaque régiment allemand a avec lui (avec, mais pas organique) une batterie, soit quatre canons, d’artillerie lourde, de 150 ou 210 mm !
 
Même si on n’a pas les éclats,( ???) on a les tympans en lambeaux !!! Le réveil est dur ; et seul le mur des poitrines, des 1.380.000 tués (et plus de 2 millions de blessés), pourra faire « quelque chose » (je me souviens, vers 1947-48, ou 1955, encore, des invalides dans leurs voiturettes noires, le béret noir sur le crâne, les jambes laissées en Meuse, ou en Artois….).
 
Le triomphe de la doctrine défensive
 
Donc, en France, comme Verdun a été une victoire défensive, on applique la règle de Vauban : « Arrêt sur la ligne des feux » ; c'est-à-dire qu’on construit une ligne de casemates, avec des forts d’artillerie de place en place , battant des obstacles divers et sur une certaine distance.
 
En l’occurrence : cols et voies de passage dans les Alpes, ou, vers Nice, dans tous les ravins menant vers Nice ; sur le Rhin ,on construit deux, trois lignes de casemates.
 
En Lorraine: casemates dans les bois, et gros forts en Moselle; vers Maubeuge, et l’Escaut et la Lys, des lignes de casemates. Tous les forts petits ou gros, ainsi que les casemates, s’épaulent mutuellement par les tirs de mitrailleuses, de canons et de mortiers, suivant la portée de tir de leurs armes respectives.
 
En 1936, devant la neutralité belge (qui fait suite à la non-intervention des alliés lors de la remilitarisation de la Rhénanie !), on construit la Tête de pont de Montmédy, qui fait suite vers l’ouest au secteur de casemates de Marville (non achevé!) et devait se terminer à 10 km/Est de Sedan par le gros ouvrage de VAUX les Mouzon (acheté, piqueté, un peu fouillé !!)
 
C’est cohérent , et cela protège toute la frontière, de la Méditerranée au Mont Blanc et du Doubs à la Manche ; à condition que cela soit terminé, bien entendu ! « L’ennemi viendra s’y casser les dents » dit-on en haut lieu, et dans le peuple ! Et tout le monde est content « A l’abri du Mur,  et d’ailleurs « Nous vaincrons car nous sommes les plus forts », (Paul Raynaud).
 
Enterrer sous des dizaines de mètres de béton et de terre
 
En conséquence, il faut  étendre une ligne de feux divers , mitrailleuses , canons, sur les obstacles (barbelés et champs de rails), se protéger des flammes et des gaz asphyxiants, donc clore entièrement les contenants d’armes et de soldats, et filtrer l’air qu’ils respirent et évacuer l’air vicié et les gaz de poudre. Se protéger des coups d’artillerie lourde ou très lourde: donc, béton armé, en carapace de 2,5 mètres à 3,5 mètres, tant en dalles que murs exposés. Et puis comme on doit tenir un « certain temps », étant assiégés (comme à Vaux), il faut de l’eau pure, des vivres, infirmerie, énergie électrique donc des groupes électrogènes, du mazout, des médicaments, des casernes, des galeries pour les forts.
 
Le tout à 20, 30, 40 mètres de profondeur pour échapper à l’obus de 420 mm qui s’enfonce de 10 mètres dans l’argile, toujours avec son quintal de dynamite (ou équivalent). Et il faut aussi du téléphone ,enterré, et de la radio pour demander de l’aide et divers, au lieu d’expédier des pigeons voyageurs comme à Vaux, pigeons qui étaient tirés au fusil de chasse par les Allemands en Juin 1916 ! Ou mouraient asphyxiés…
 
 Et la CORF réalise donc 58 ouvrages, 400 casemates simples ou doubles, 300 km de réseaux de barbelés… Puis, à l’apparition du réarmement allemand et des petits chars, en 1936, un doublage de champs de rails anti-char, rails de 3-4 mètres plantés en terre, du Rhin jusqu’à Sedan.  
 
Au-delà , c’est la forêt et la Meuse qui protègent. (et c’est vrai, à condition d’être DANS la forêt). A partir de 1938 et Munich, l’Armée construit des blocs, la MOM (main d’œuvre militaire) bétonne, se carapace, érigeant un mur d’inégale valeur, et surtout, se disposant derrière, dessus, devant la Ligne Maginot… Où elle se fera littéralement attraper, et encercler mi et fin Juin …et 500.000 hommes partiront prisonniers ! 
 
 
Christian-Marie Sarda
 
 

 







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