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Une querelle stupide à Marville


Les grandes fâcheries, cela existe partout…même à Marville
 
Tout le monde connaît des histoires des disputes entre des personnalités ou des entreprises dans le monde des affaires. Généralement, on les observe avec un regard très sérieux. Même que cela peut rapporter gros aux journalistes de tartiner des articles entiers sur ces conflits. Et si cela dégénère en procès, c’est tant mieux, cela fait des lignes à écrire en plus.
 
Tout est une question de niveau
 
Mais que ces disputes se situent à un niveau local ou régional, le regard des observateurs se fait goguenard. Rapidement, il est dit alors « Un conflit de clochemerle. Dommage car ils ont tout pour s’entendre. Mais que voulez-vous…. »
 
Nous pourrions ainsi parler de la « haine corse » entre deux autocaristes francophones, des mots d’oiseaux qui nous sont confiés par le président d’un GIE à l’encontre de l’un de ses confrères. De ….et de …
 
Non, ce que nous allons vous conter c’est une histoire authentique: le face à face Bel Air et Auberge de Marville
 
 
Il existe à Marville, en Pays de Montmédy, deux hôtels classifiés deux étoiles, le Bel Air et l’Auberge de Marville. L’un situé sur la grand-route est le leader incontesté des clients routiers et des VRP, tandis que l’autre, situé sur la Grand Place du village, attire plutôt les touristes et les amateurs d’hôtels de charme.
 
Donc, direz-vous, deux établissements complémentaires qui ont tout pour s’entendre et partager le gâteau. D’autant plus que la propriétaire de l’Auberge anime très dynamiquement le syndicat d’initiative du village, sert de guide aux touristes et groupes, organise un Festival original en son genre...
 
Pensez-vous…
 
Lors d’une réunion officielle réunissant les responsables du tourisme du canton, voilà-t-il pas que le patron du Bel Air interpelle durement la patronne de l’Auberge. Et tout y est passé. « Comme présidente de l’office de tourisme, tu ne répartis pas les chambres des visiteurs équitablement », « Tu ne m’envoies jamais de clients », « Ton Festival Arts et Renaissance, je n'en ai rien à f… et il ne rapporte rien à la commune. » , …
 
Ce à quoi la boss de l’Auberge a répondu : « Faux, je répartis les touristes en fonction de leurs demandes », « Le Festival fait connaître Marville au-delà des frontières et grâce à lui tu es booké pendant le WE de la Pentecôte », etc …
 
Et le comble, c’est que les participants de la réunion ont laissé dire, laissé faire. Pour la plupart de nos lecteurs, cette anecdote ne vaudrait même pas la demi-ligne d’un article.
 
Pourtant, il y a une leçon à retirer. Nous sommes ici devant un conflit totalement stupide qui prouve la nécessité de mettre en place au plus vite une structure professionnelle en charge de la gestion de la politique du tourisme du Pays de Montmédy.
 
Pourquoi ?
 
Tout simplement car en laissant jouer les conflits de personnes et ne coupant pas court à cette dispute, les membres de cette commission oublient certaines règles de base en ce qui concerne la gestion hôtelière.
 
Tous les vrais professionnels savent que la classification officielle des hôtels et la perception des besoins des clients sont deux mondes différents. Un hôtel de charme établi dans une ancienne ferme aura toujours une clientèle différente d'un hôtel moderne installé dans un centre commercial. Ceci même si les deux établissements ont le même nombre d'étoiles. Les classifications donnent un niveau global de services et de confort, mais ne fournissent qu’une ébauche de réponse aux besoins et à la demande réelle des clients.
 
Demande qui peut varier en fonction des circonstances. Tout en gardant la même classification, en voyage professionnel, le client souhaitera disposer surtout d'un établissement bien situé et disposant, par exemple, d'Internet dans sa chambre. Mais le même, lors d'un week-end avec son épouse, va préférer une auberge ou un hôtel de charme. 
 
Un établissement classifié 2 étoiles qui ne dispose pas de restaurant intégré n’accueillera que difficilement une réunion professionnelle résidentielle. Tandis qu’un autre jouant sur le registre de l’hôtellerie de caractère avec une table agréable pourra le faire. Il existe ainsi des hôtels qui attireront facilement des touristes de WE, tandis que d’autres auront comme clients des représentants ou des voyageurs professionnels.
 
Tout l’art d’un responsable d’un Office de Tourisme régional est de bien connaître les hôtels de sa zone pour diriger les clients vers l’un ou l’autre en tenant compte uniquement des demandes et des besoins des voyageurs. Il a pour mission également de faire abstraction des mesquineries locales, d'éviter de favoriser un hôtel plutôt qu'un autre, sans mettre systématiquement en avant une localisation et vouloir minimiser une autre, de ne pas entendre les querelles de villages surtout s’il y a un fond d’antagonisme politique derrière celles-ci. 
 
En fait, le patron du Bel Air râle inconsciemment contre l’Auberge de Marville car celle-ci draine une clientèle qu’il aimerait bien capter. Mais il oublie que son établissement capte et sert parfaitement un autre marché.
 
Il peste aussi parce que sa consoeur est responsable du SI local. Nous on veut bien, mais lui-même a-t-il tenté d’animer les flux touristiques de son village ? Et lorsque des groupes visitent le patelin sert-il de guide ? Et si le Festival Arts et Renaissance ne lui plait pas, pourquoi diable ne propose et n’organise-t-il pas une manifestation qui attire chaque année plusieurs milliers de touristes ?
 
Si nous devions juger cette affaire, nous dirions « Que diable, voici deux vrais professionnels hôteliers dont l’un essaye de se dépasser tandis que l’autre veut consolider son activité ». Mais nous dirions aussi, que ce n’est pas à une réunion officielle de coordination de la politique touristique d’un canton que ce genre de prise de bec doit avoir lieu.
 
Il nous semble que les responsables présents auraient dû couper court à ce conflit de personnalités pour ne pas dire de personnes. Il nous semble également que le développement de la politique du tourisme d’une région se passe de ce genre de discussions-disputes lors des réunions officielle. En d’autres mots, qu’il faut dépasser le cadre du conflit personnel inutile et nuisible à la mise en place d’une politique générale qui sera bénéficiaire pour tous.
 
Michel Ghesquière
 
 
 
 
 
 
 
 

  





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